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Les Martiens de la planète Terre : Partie 2
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SUJET: Les Martiens de la planète Terre : Partie 2

Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32191

Salut à tous !

Désolé si j'ai laissé l'histoire en plan pendant quatre semaines, mais le mois d'Août est une période très chargée pour les musiciens et les conteurs, surtout par chez moi. J'ouvre donc un nouveau post, pour la deuxième partie de cette fiction écrite pour glorifier les vieilles machines On peut en trouver la première partie plus bas dans le salon de thé ou en cliquant ici. Suite à un bug, la deuxième page de cette première partie n'est pas très lisible pour tout le monde, mais j'en ai recopié le contenu sur la troisième page, avant d'y mettre la suite. Dans le même esprit, je vous demanderai un peu d'indulgence, si je recopie au début de ce post, le début de la deuxième partie, déjà présent à la fin de l'autre. Ca fait redondant, et ça occupe de la place, et je m'en excuse. Mais pour tout dire, je ne m'attendais pas à me plaire autant à écrire ici, ni à vous proposer quelque chose d'aussi long. j'essaie donc de structurer les choses, afin de ne pas sombrer dans la monotonie Sur ce, "Tais-toi, me dis-je. Grand bavard ! - j'aime bien m'invectiver tout seul quand il m'arrive de m'oublier sur mes pages - Vas-y ! Ne nous fait pas languir ! On veut savoir la suite !"

Enfin... C'est ce qu'on veut, non ?
  • Eren
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Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32193

Les Martiens de la Planète Terre
Deuxième partie : Atari


De la terrasse du café, on a une vue imprenable sur la rue, un étage plus bas.
Il fait chaud. Le ciel est bleu. Le Soleil brille, et l'air miroite comme en plein désert. Mais il apporte aussi un parfum salé, mêlé d'odeurs de fritures, de café, de cornets de glaces et, par delà le brouhaha des estivants en tenues légères et la musique d'un manège pour enfants, le chant éloigné des mouettes en quête de coquillages et de restes de piques niques.
Ici, personne n'est pressé.
Entre les restaurants, les commerces de fringues et de ballons de plage, les gens déambulent d'un pas nonchalant. Un œil extérieur pourrait s'étonner d'en voir parler tout seuls, certains même faisant de grands gestes en marchant. Une jolie rousse, en maillot une pièce et paréo, se dandine un poing sur la hanche, comme si elle tenait le bras de quelqu'un. Sous un chapeau blanc à larges bords, elle papote. A certaines tables de cafés, des convives sont en pleine discussion avec des chaises vides.
Mais ici, même la moindre paire de lunettes de soleil est connectée au Gnome. C'est ainsi qu'on surnomme l'interface du Cybermonde. Allez savoir pourquoi !
Enfilons donc nos lunettes, ou nos verres de contact, et voyons au delà du miroitement de l'air.
Tout à coup, le tableau semble moins étrange. Il y a des personnes en plus. Les chaises vides ne le sont plus. Il y a du monde en face des mains qui parlent. La jolie rousse en paréo et sandales tient le bras d'un homme vêtu d'un complet cravate aussi noir que ses cheveux coiffés en bataille.
En y regardant bien, on peut voir son bras et celui de l'homme se mêler comme des fantômes.
Sinon, la seule façon de différencier les nouveaux venus, à part le fait que certains sont habillés un peu chaud pour se promener en plein soleil, c'est qu'ils miroitent, eux aussi, exactement comme l'air du mois d'août.
Au dessus du couple, des bras s'agitent, depuis la terrasse d'un café en hauteur.

« Hého ! Les parents ! On est là ! »

Là haut, au dessus d'une enseigne holographique rouge vif, sont attablés trois enfants et un grand-père. Lunaparc, clignotent les lettres de l'enseigne.
La femme au chapeau blanc lève la tête, révélant une paire de lunettes aux verres oranges. Avec un sourire éclatant, elle fait un signe de son bras libre. L'homme jette un regard en l'air et s'exclame :

« Je te l'avais dit, qu'on les trouverait à Cyberland ! »

Le couple pénètre dans la vitrine, sous l'enseigne. Il traverse une salle immense, emplie de cabines de différentes tailles. Assez grandes pour contenir deux, quatre, jusqu'à huit personnes, même, elles vibrent, bougent, tournent... à l'intérieur, on peut entendre des cris, des rires, des explosions, des tirs de lasers et des musiques de jeux vidéos.
L'homme et la femme passent devant un comptoir sur leur gauche, derrière lequel un hologramme en image de synthèse récite un message de bienvenue. Il est vêtu de noir, de pied en cape. C'est le cas de le dire ; au dessus d'une impressionnante cape noire enveloppant une combinaison noire, un masque noir aux yeux globuleux, sous un casque noir. Sa voix métallique est presque masquée par une épaisse respiration désynchronisée de ses paroles :

« Bienvenue au Lunaparc – hhhhmmmm pffffhhhhh – gare à vous, voyageurs. Prenez garde de ne pas – hhhhmmmm pffffhhhhh – vous perdre dans les méandres virtuels du monde – hhhhmmmm pffffhhhhh – imaginaire. Et s'il vous prend l'envie de – hhhhmmmm pffffhhhhh – faire une pause, un bar restaurant vous attend à l'étage. Que la force soit avec vous.  Bienvenue au – hhhhmmmm pffffhhhhh –... »

Puis c'est l'escalier qui monte à l'étage.
Juste en dessous, après trois premières marches, trône une antique machine surmontée d'un écran à l'ancienne. Une authentique borne d'arcade. A l'écran, on peut voir un gros camenbert jaune poursuivi par des fantômes, dans un labyrinthe noir parsemé de points blancs.



Un panonceau est affiché sous l'écran, sur la machine :

Pacman, créé par Tōru Iwatani pour l'entreprise japonaise Namco, a envahi le Monde au Printemps 1980. Le côté non violent du jeu a su toucher un public de tous âges, de toutes les conditions et des deux sexes. Héros d'un dessin animé et d'une saga holographique dérivés, il est avec Space Invaders, l'un des jeux vidéos les plus clonés et les plus parodiés au monde. Nous rendons ici hommage au personnage le plus célèbre de l'histoire du jeu vidéo.

« C'est pas vrai ! Murmure l'homme, surpris. Il est toujours là, celui-là ? »

L'escalier reprend après la machine, montant au-dessus d'elle sur la gauche.
En haut, le couple traverse une salle pleine de tablées. Les sièges, moulés dans un plastique blanc éclatant, molletonnés de coussins ronds et rouges, reposent chacun sur un pied conique et tournant. Très design. Les tables, elles, sont en verre.
A cette heure-ci, la salle est presque vide. Les gens préfèrent se mettre en terrasse.
Deux adolescents sont toutefois engagés dans une partie de ping-pong virtuel, vers le milieu de la sale. On peut alors se rendre compte que chaque table est aussi un écran holographique tactile. L'image d'une balle vole au dessus du plan de verre, franchissant un filet virtuel, entre deux raquettes bien réelles. L'un des garçons manque la balle, qui disparaît dans l'air derrière lui.
Du plat de la main, le garçon donne un grand coup sur la table en riant.
Surprise, la femme au chapeau blanc fait un bond de côté, traversant littéralement son compagnon.

« Hého ! Les cocos ! Tonne une voix féminine. Prière de respecter le matos ! »

Derrière un long comptoir blanc, une jeune femme, rousse elle aussi, est en train d'essuyer des verres. Vêtue d'un short très court et d'un tee-shirt kaki, elle porte deux révolvers factices, rangés dans un ceinturon à la taille. Ses cheveux sont noués en queue de cheval. Devant le comptoir sont alignés les grands frères des sièges de la salle, posés sur des cônes plus longs.

« Oh, ça va, Lara Croft ! Lance l'autre garçon. Elles sont blindées, les tables, non ?
- Ouais, mais c'est pas une raison ! Vous avez fait peur à la dame ! C'est vrai, quoi ! Ca vous arracherait le cul, de respecter les gens, merde ?
- C'est rien ! Dit la femme au chapeau avec un sourire. Y'a pas de mal ! »

Puis, à l'intention de son compagnon, alors qu'ils passent une grande baie vitrée donnant sur la terrasse :

« En voilà une qui doit plaire à mon père ! »

A l'inverse de l'intérieur, la terrasse est pleine de monde. Toutes les tablées sont prises. Des gens de tous âges boivent des boissons de toutes les couleurs, mangent des glaces, discutent, s'amusent... Un serveur en salopette orange, affublé d'une épaisse perruque noire taillée en pointes, navigue entre les tables, distribuant des consommations. Trois enfants et un papy, attablés près de la rambarde, font de grands signes en direction du couple. A leur table, il reste deux sièges.
La femme embrasse d'abord un adolescent couvert d'un tee-shirt blanc à col et manches longues. Des mèches rousses jaillissent d'un turban de fortune confectionné avec un autre tee-shirt blanc. Le visage aussi flamboyant que sa chevelure, il transpire à grosses gouttes.

« Mon pauvre chéri ! Je t'avais dit de mettre ta crème.
- J'en mets ! Se plaint Benny car c'est lui. Mais ça sert à rien !
- Sale temps pour les rouquins ! Chantonne Youenn à côté de lui. »

L'enfant brun et à la peau mate, vêtu d'un simple caleçon de bain assorti à ses yeux verts, fait mine de donner une claque dans le dos de son frère. Celui-ci fait un bond de côté :

« Touche pas à mes coups de soleil, toi ! S'écrie-t-il. T'as qu'à avoir les tiens !
- Moi, j'en ai pas ! Gazouille la fillette aux couettes pourtant rousses, assise à côté du grand-père. »

Face aux garçons, elle porte sur la tête une version miniature du chapeau de sa mère. D'une jolie robe blanche, jaillissent de petits bras luisants de crème solaire. Son visage en est badigeonné de la même manière.

« Évidemment ! Bougonne l'adolescent. T'as mis toute la crème ! »

Pour toute réponse, Arwenn tire la langue à son grand frère. A côté d'elle, le papy doit se retenir pour ne pas pouffer de rire. La femme l'embrasse, puis passe derrière lui pour embrasser la petite fille. Enfin elle fait le tour de la table, pour claquer une bise au dernier.
L'homme, lui, s'est simplement assis avec un :

« Je vous serre pas la main, ça passerait au travers !
- Ce qui me fait bouillir la marmite, glousse le papy, c'est qu'on arrive à ne pas passer au travers des chaises !
- Mais c'est parce que j'en ai une, ici !
- Je m'y ferai jamais. Tant qu'on en parle, Marco ! Ce séminaire, comment ça se passe ?
- Bien, bien ! Répond l'homme tandis que sa femme prend place. Mais je suis pas passé, encore. J'ai eu droit à une conférence sur la génétique associée à la nanotechnologie, et une autre, sur le réveil artificiel de la mémoire héritée. Je fais des efforts pour pas m'endormir, poursuit-il en souriant. Question de respect !
- Mais et toi, mon gendre ? Un informaticien à un séminaire médical, vous n'avez pas peur que ça les fasse sourire, eux aussi ?
- Papa ! Intervient la femme. Tu vas pas recommencer !
- Non, mais je maintiens juste que t'aurais dû aller avec lui ! Une chirurgienne, ça fait plus sérieux face à tous ces frankensteins ! Ca cadre un peu plus avec la thématique !
- Sauf que c'est son projet. Moi, je n'interviens que pour la mise en place.
- Et puis, reprend Marco. La transplantation oculaire a déjà fait ses preuves, même si elle n'est pas encore répandue. Il me connaissent déjà, ici. Mais là, je présente un projet qui ne verra pas sa mise en application avant un certain nombre d'années. Je suis pas très sûr de leur réaction. Je me sens prêt, de toute façon, et Gwennyn m'a brifé pendant des heures.
- Je suis un professeur consciencieux ! Minaude la femme.
- Mais, ça consiste en quoi, ce projet ? Interroge le papy.
- L'implantation d'un processeur moléculaire, mais près de l'hippocampe. Au cœur même du cerveau. Donc tu vois, au niveau chirurgical, on n'y est pas tout à fait, mais presque. Alors, j'anticipe. Mais imagine un peu. Dedans, t'as tout ! L'ordinateur, le modem pour la connexion au Gnome, et une interface directement branchée à tes sens. Encore quelques décennies, et ça se transmettra même de façon héréditaire. Ça, c'est de l'évolution !
- Oui ! Toussote le grand-père. Tu sais, tout ça, ça me fiche un peu les jetons quand même.
- Comment ça, vous ? Vous qui avez toujours été un féru de technologies ? Vous qui preniez trente, voire soixante ans d'avance, dans vos contes fantastiques ?
- Attends, mélange pas ! Le fantastique, c'est du pur imaginaire. Quand on essaie de décrire l'avenir, ça s'appelle de la science fiction. J'ai fait les deux, mais il faut pas confondre.
- Mais justement ! Où croyez-vous qu'on va pêcher nos idées, nous autres scientifiques ? La Mer des Trouvailles, c'est vous qui la remplissez. Tant que ça reste imaginaire, ça vous fait pas peur, mais dès que ça devient concret, vous fuyez en courant ?
- J'ai pas dit ça, répond, le vieux avec un sourire. Tu sais, Isaac Asimov. Il a dit que voir ses prédictions se réaliser de son vivant, c'est la meilleure consécration, pour un auteur de science fiction. Mais même toi, avec l'âge, tu finiras un jour par ralentir. Oh, si ça se trouve, juste un peu, mais ce sera suffisant pour te donner le vertige, parce que le monde, autour de toi, il continuera sans t'attendre ! Certains disent même qu'il accélère. Moi j'en suis pas convaincu. Je me dis que c'est l'impression que ça donne, parce que c'est nous, au bout du compte, qui ralentissons. C'est inéluctable. Quand on vieillit, même l'imagination va moins vite. Or tomber d'un train en marche, ça fait toujours peur. Mais il faut pas en tenir compte ! Non seulement t'es jeune, mais en plus, t'as plein de bonnes idées ! Vas-y ! Éblouis les ! Merde, alors ! Mon gendre est en train de devenir l'un des moteurs de l'évolution humaine ! Avec la participation de ma fille, en plus ! J'en suis fier ! Mais soyez prudents, les enfants. On parle de science fiction, mais si vous lisez bien, nous autres littéraires, on a prévu beaucoup de catastrophes liées aux erreurs humaines.
- Ouais, conclut Marco. Bon. De toute façon, il faut que j'y aille. Encore une autre conférence à tenir, là, et c'est à moi. Je vous revois tout à l'heure !
- Je te souhaite bonne chance, fiston. Sincèrement ! T'es le meilleur. »

Sur ce, l'homme ferme les yeux et disparaît.

« Ca se passe où, son machin ? Interroge le vieux.
- A Poitiers, répond sa fille. Au Futuroscope.
- Ahhh ! Le futuroscope. Ca, c'était mon Dysneyland ! Et alors et vous, les enfants, vous dites rien ?
- Ben non ! Répond Youenn avec un sourire.
- On attend la suite de ton histoire ! Ajoute Benny.
- Oh oui, oh oui, la suite ! Chantonne Arwenn.
- On peut peut-être commander quelque chose avant ? »

L'ancien fait un geste du bras en direction du comptoir, à l'intérieur.
La serveuse déguisée en aventurière lui décoche alors un sourire. D'un geste ample, elle passe la main au dessus de son comptoir. Aussitôt, une réplique d'elle apparaît à côté de la table. Le vieux sursaute.

« Désolée, dit la serveuse. Je ne voulais pas vous faire peur.
- Mais, vous vous êtes téléportée, ou quoi ?
- Non, répond-elle en riant. Telle que vous me voyez, je suis une projection, comme votre ami qui vient de partir ! J'ai juste moins de distance à faire, mais je suis toujours là bas, vous voyez ? Termine-t-elle en montrant, derrière le comptoir, une réplique d'elle leur tournant le dos, en train de montrer quelque chose plus loin.
- Je m'y ferai jamais ! Se plaints le papy en souriant. En tout cas, vous êtes charmante !
- Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? Un cocktail ou une glace ?
- Donc c'est vrai, vous faites les glaces. Intervient Gwennyn.
- Oh ouiiii ! Chante la fillette. Une glaaace !
- En fait, non, répond la serveuse. Mais on peut en faire venir de l'Igloo, à côté ! La maison ne prend qu'une faible commission, si vous avez l'amabilité de prendre aussi une petite consommation. Regardez. »

A nouveau, elle fait un geste de la main, mais au dessus de la table. Sur la surface apparaît alors un comptoir miniature, présentant une vingtaine de bacs à crèmes glacées minuscules. Des étiquettes indiquent les noms des parfums. Régulièrement, on peut voir apparaître, de nulle part, une main de lilliputien brandissant une cuillère, pour prélever de la glace dans un bac.

« C'est en temps réel ? S'étonne le vieux.
- Mais oui ! Comme ça, vous savez précisément ce qui reste !
- On a droit à combien de boules ? Demande la fillette.
- De une à quatre ! Répond la serveuse.
- Allez-y, les enfants ! S'égaye le vieux. Choisissez. Pour moi, ce sera deux boules : Gwanara et Banane, et vous me mettrez un indien. »

A suivre...
  • Eren
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Et maintenant, la suite... il y a 1 an, 5 mois #32195

A peine dix minutes plus tard, le serveur se présente. Il tient cinq énormes cônes glacés entre ses deux mains réunies, chacun surmonté d'une ou deux boules de glace. Sous son improbable perruque noire, son front dégouline de sueur sur sa salopette orange.

« Et voilà ! Ces messieurs dames sont servis. C'est pour qui, les boules fraise et carambar pétillant ?
- Moi ! S'écrie la petite fille en brandissant les deux mains.
- Excusez-moi, mais, vous êtes censé représenter qui ? Demande le grand-père.
- Sangoku ! Répond le serveur. Coca-cola et chlorophylle ? »

C'est au tour de Benny de tendre une main.

« C'est qui, Sans Gros Cou ? S'enquit Arwenn en plongeant le visage dans sa crème glacée.
- Un personnage de dessin animé Manga... commence le serveur.
- Dragon Ball, le coupe le Papy. C'est incroyable, poursuit-il avec un sourire. Même moi, j'ai vu ça quand j'étais môme. Y'aura toujours des trucs sur lesquels vous aurez un métro de retard, au Lunaparc.
- Ah, mais, c'est que vous êtes justement tombés sur la semaine rétro. Marron et citron ?
- C'est pour moi ! Répond Youenn.
- Quand-même ! Poursuit le grand-père. Même Darth-Vador, en bas, ça fait longtemps qu'il est plus à la page.
- Vous n'imaginez pas à quel point certaines choses ont la dent dure. En ce moment, on a une super attraction dans la grande salle holo, à l'occasion de la sortie de Star Wars Quinze. Un tour dans le bon vieux Faucon Millénium. Plus vrai que nature. Je suppose que le sorbet orange, c'est pour la dame ? »

Gwennyn acquièce avec un sourire.

« Et une double glace Gwanara banane pour Monsieur. Je vous apporte les consommations tout de suite, ou vous les désirez après les glaces ?
- Après, si possible, répond-elle.
- Et si vous voulez un conseil pour votre costume, enchaîne le Papy, mettez une écharpe bleue-marine en guise de ceinture. Vous serez plus proche du personnage. Et des bottes bleues aussi.
- Merci du conseil, répond le serveur en présentant un petit carré de plastique noir sur sa paume droite. C'est pour qui, l'addition ?
- Pour moi, répond la femme en apposant son pouce droit sur le lecteur d'empreintes.
- Merci, termine le serveur en rangeant l'appareil dans une poche. Mais vu la chaleur, je vais faire l'impasse sur les bottes. »

Nos amis se retrouvent à nouveau en famille.

« Alors ? Pépie la petite fille. Ton histoire ? La dernière fois, tu venais d'acheter ton premier ordinateur !
- D'accord, répond le papy avec un sourire. Allons-y... »

« … Je n'avais qu'une hâte, c'était de déballer mes cartons. Et c'est ce que j'ai fait, une fois arrivé à la maison. Dedans, il y avait l'ordinateur, composé d'un énorme clavier blanc crème, surmonté d'une grille en plastique de même couleur, qui faisait penser à un radiateur moderne. Entre les deux, gravé sur la coque blanche : Atari 520 STF, avec un joli logo en forme de fontaine à l'envers. En guise de lecteur de disquettes, juste une fente sur le côté droit. Il y avait aussi un nombre impressionnant de connections de toutes les formes à l'arrière, et encore des prises sur le côté gauche, et à l'avant sur la droite. Rien qu'en voyant ça, j'ai commencé à douter. Non pas de la qualité du matériel, mais de ma capacité à utiliser tout ça.
Y'avait aussi l'écran, un gros moniteur cubique à tube cathodique en plastique blanc. Enfin... quand je dis gros. J'en ai connu des carrément plus gros par la suite. Mais pour l'époque, comparé à ce que j'avais pu voir sur Amstrad, ça faisait gros. Il y avait encore l'imprimante, aussi blanche que le reste, une manette de jeux noire à boutons rouges, et enfin le sacrosaint manuel de documentation.
Plus quelques disquettes...

Et surtout des câbles.

Plein de câbles.

J'aurais bien voulu brancher tout ça immédiatement.
Mais je ne pouvais pas y couper, il fallait d'abord lire le manuel.
Heureusement, l'une des premières choses que m'a révélé le manuel, c'est que chaque branchement était doté d'une forme qui lui était propre. Connecter tout ça n'était donc pas plus difficile, que ce fameux jeu pour enfants en bas âge, consistant à mettre des objets dans des trous de formes différentes.
En plus, le nom des périphériques était inscrit sur l'ordinateur, au dessous de chaque prise.
A mon grand soulagement, donc, l'installation du matériel m'a pris moins d'une demi-heure.
Puis, délaissant les instructions du manuel, j'ai allumé l'écran, puis l'ordinateur. Après tout, j'avais déjà utilisé d'autres ordinateurs auparavant.

Et là, je me suis trouvé très bête.

J'étais assis devant un écran vert, sur lequel s'affichaient trois dessins blancs.

Où donc était passée l'invite de commande ? Par où allais-je pouvoir taper mes premiers jeux en basic ? Et mes textes, alors ? J'avais beau pianoter sur le clavier, rien ne se passait.
Alors j'ai repris le manuel. En le feuilletant, j'ai vu qu'il ne proposait aucun listing de code à recopier.
Et peu à peu, j'ai compris que j'aurais un peu plus de mal à maitriser cet engin que je ne l'avais cru.
Pour commencer, on me disait que j'allais avoir besoin d'une souris.
Pourquoi pas un chat, tant qu'on y était ? Ou un chien ? Une tortue ? Et pourquoi pas un pingouin ?
Alors j'ai cherché dans les cartons, et je l'ai trouvée, bien cachée sous un polystyrène. Une sorte de boitier gris à deux boutons, de la taille d'une main, d'où jaillissait un long fil gris.
Ça se branchait sur le devant de la machine.

Et comme par magie, j'ai vu cette drôle de flèche noire, sur l'écran, suivre les mouvements de ma main sur mon bureau.

C'était la première fois de ma vie que je voyais une interface graphique, avec des fenêtres, des menus et des icônes. Bien sûr, l'interface de l'Atari était très simple, comparée à celles qu'on a connues par la suite. Un menu en haut de l'écran, avec juste quelques fonctions de manipulation de fichiers et de configuration du système, deux tiroirs de classeurs étiquetés Disk A et Disk B, et une poubelle. »

Sans qu'on le lui ait demandé, Youenn appelle une image de l'interface Atari ST, parlant comme toujours dans le vide. Au dessus de la table du bar tournoie alors une illustration sur fond vert, présentant des icônes et des fenêtres blanches.



« Ah ! soupire le Papy. Le bureau GEM. C'était l'interface graphique greffée sur le TOS, le système d'exploitation de l'ordinateur. Pas besoin de comprendre tous ces termes, mais ils vous donnent une idée du désarroi que j'ai ressenti, en les découvrant dans le manuel.
Moi non plus, j'y comprenais rien.
Pour vous donner une idée, j'ai mis du temps à comprendre ce que l'icône Disk B fichait là, alors que je n'avais qu'un seul lecteur de disquettes. Jamais je n'aurais imaginé qu'on pouvait copier une disquette en glissant A sur B, et qu'ensuite l'ordinateur me demanderait tour à tour l'original et le disque vierge dans le même lecteur.
La seule idée que l'ordinateur gardait les données en mémoire, le temps de changer de disquette relevait pour moi de la science fiction.
Au soir du premier jour, j'étais complètement largué. Je commençais à regretter de ne pas avoir simplement pris un Amstrad.
Ça m'aurait paru plus simple.
J'étais à cent lieu de me douter que l'interface, au contraire, simplifiait la tâche de celui qui savait s'en servir.
J'avais quand même réussi à lancer un jeu. Un seul. La Quête de l'Oiseau du Temps. C'était tiré d'une bande dessinée dont j'avais la trilogie dans ma collection. Une pure aventure imaginée par un dessinateur nommé Loisel.
Ca promettait, quoi.
Mais ça se jouait à la souris.
Autant dire que je suis pas allé bien loin dans le jeu.



Cette nuit là, j'ai à peine dormi. A peine sombrais-je dans le sommeil, que je me retournais sur mon bras cassé. Mes rêves étaient hantés de chats poursuivant des souris en flanquant par terre tout mon beau matériel.
Le lendemain, j'ai passé la journée comme un mort vivant, épuisé et complètement démotivé. J'errais au lycée, entre les cours, avec mon plâtre couvert des signatures de quelques camarades espérant ainsi me dérider. Armand, entre autres... vous savez ! On était dans la même classe depuis la quatrième. Le passionné d'astronomie.
Le midi, on mangeait ensemble.
Armand, c'était pas un Apollon. Grand, brun, mais portant des lunettes aux verres assez épais, des lèvres un peu trop épaisses aussi, et un air de famille avec cet acteur qui a joué le flic des Dents de la Mer. Pas un mannequin, quoi. Mais allez savoir pourquoi, il avait toutes les filles à ses pieds. C'était peut-être parce qu'il souriait tout le temps. Même les rides en pattes d'oie au coin de ses yeux, étonnantes pour un jeune garçon, témoignaient de l'endurance de ses zygomatiques. 
- Zygomatiques ? S'étonne Arwenn en croquant le gâteau de son cornet de glace.
- Les muscles du sourire, reprend le vieux. Je me souviens, un été, on faisait du camping à Carnac. On se promène, dans la rue, et là, sur l'autre trottoir, on croise une pure blonde, magnifique, avec un corps de rêve moulé dans un bikini et une minijupe en jean. En voyant Armand, elle lui a décoché un énorme sourire. Puis elle m'a vu derrière et vlan ! Pur changement d'expression. Comme si j'étais une tache dans le décor. Armand m'a charié avec ça pendant des mois derrière. Enfin bon. Tous les midis, toutes les filles de la classe lui offraient leurs desserts. Là non plus, je ne sais pas comment il faisait. Il mangeait comme un ogre et restait toujours aussi mince, à croire qu'il avait un trou noir à la place de l'estomac.
Ce jour là, il m'a offert la moitié de ses desserts. C'est dire si mon état l'inquiétait un peu.

« Tu me fais penser à Sherlock Holmes, dans le Secret de la Pyramide, m'a-t-il dit en enfournant un chou à la crème. Le film où on le voit en jeune étudiant. La première fois qu'il apparaît à l'écran, il est en train de massacrer un air sur un violon, furieux de ne pas déjà maitriser l'instrument, alors qu'il en joue depuis trois jours. C'est la première fois que t'as un ordinateur. Tu vas pas t'en plaindre, veinard ! Il va falloir du temps avant d'être un génie en informatique. Et peut-être un coup de main, aussi. Doit y'en avoir d'autres, ici, à posséder un Atari ! »

Le pire, c'est qu'il avait raison, comme toujours.
Alors, j'ai essayé de prendre mon mal en patience jusqu'au soir, où je pourrais faire un nouvel essai.
Mais je n'ai pas eu à attendre de rentrer chez moi.
C'est en fin d'après midi que la solution s'est présentée d'elle même. A cinq heures, sur le parking du lycée, où j'attendais mon car... »

A suivre...
  • Eren
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32204

rhhaaaaa... le traître! il fait durer...

merci.
  • killinjoe
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Dictateur-Président à vie de l'équipe Traduction (depuis le coup d'Etat réussi contre Dupo) de Linuxmint-fr / Chevalier Jedi de l'Ordre du Gnou / Evil twin de CallMeBob.

LMDE 64 UP2 + OpenSUSE 11.4 KDE sur Fujitsu-Siemens Amilo Pi2540
Mint 9 LTS sur config perso à base de Core i7 720.
Mint 11 64 sur HTPC à base de Core i3 535 (je crois).

Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32216



Chouette

C'est la PUB qui manque entre chaque épisode

Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32234

Il a oublié un petit résumé de la première partie.

La troisième partie est t-elle déjà envisagée ?

Bonne nuit à tous.
  • Dupo
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32310

Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32318

Liquid Brain

Tiens une Pub et merci , le temps semblera moins long

Eren

lol, pas de problème il y a 1 an, 5 mois #32319

C'est une pub qui fait bien plaisir, mdr ! merci. Et c'est vrai, je n'ai pas fait de résumé de la partie un. Donc, pour résumer, dans la partie un, un papy raconte à ses petits enfants comment il a découvert ses premiers ordinateurs. L'histoire se raconte donc dans un futur assez proche, mais se déroule dans les années 1980. d'ailleurs, le papy a la garde de ses enfants, mais par le biais du Cybermonde, le descendant tridimensionnel d'Internet. Il leur parle ainsi de la Dictée Magique, du MO5, des Amstrad PC 15/12, CPC 464 et 6128, et même de l'Alice, pour ceux qui connaissent. Il ne leur parle hélas pas des machines qu'il n'a pas connues, comme ZX Spectrum, de Sainclair, ou autres Commodores 64 et machines qui ne seront pas citées par moi ici. Mais justement, si vous en connaissez, n'hésitez pas à leur faire un clin d'oeil ici. Comme vous dite, ça fait patienter en attendant la suite de l'histoire. Sur ce, en parlant de suite...
  • Eren
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Atari, suite il y a 1 an, 5 mois #32320

« C'était au mois de janvier. On se demandait si on n'allait pas avoir de la neige. Si, si ! De la neige en Bretagne. Ça nous est arrivé, régulièrement. Oh, jamais bien longtemps, mais quand même. D'ordinaire, j'aime bien, la neige. Mais avec un bras dans le plâtre, c'est assez casse gueule. Pour une fois, j'appréhendais la neige.
On ne voyait aucun nuage dans le ciel, mais on ne voyait pas le ciel non plus. Le nuage était pourtant là. Il couvrait tout d'un gris laiteux uniforme, qui ne variait jamais. Tout le pays vivait sous cloche, et il faisait froid. Pas un froid polaire ! Mais froid quand même. Deux, trois degrés à tout casser. Un froid sec et pénétrant.
Un temps à neige.
L'air avait même une odeur de froid. J'en avais plein les narines, dégoulinantes d'un rhume à naître. Et le soir semblait tomber plus tôt encore, que ce qu'il aurait dû en janvier.
J'attendais là, sur le parking des cars de mon lycée, parmi d'autres lycéens, le cartable à mes pieds, mon plâtre enfoncé dans la manche d'un blouson de sky noir.
J'ai alors vu ce mec, qui avançait vers moi, avec un grand sourire.
Il avait une drôle de tête, toute en longueur, mais avec un visage en triangle. C'était accentué par un menton très fin, et une tignasse de cheveux fins et bruns, qui lui faisaient comme un flan sur la tête, au dessus d'oreilles bien dégarnies. Il portait un sac à dos marron, un blouson vert pelouse, avec deux bandes blanches verticales de part et d'autre d'une fermeture éclair fatiguée, un jean, et des chaussures richelieu noires. Vous savez, ces chaussures de ville percées de petits trous qui forment un motif. Pas vraiment de saison, quoi.
Perdu dans ma contemplation, j'en étais à lui souhaiter mentalement de bonnes grosses chaussettes d'hiver, quant il est arrivé à ma hauteur et m'a tendu la main.

« Salut ! Disait-il. C'est toi, Erwann Gallois ? »

Mais qu'est-ce qu'il me voulait, ce type ? J'étais pas vraiment d'humeur à tailler le bout de gras, avec un inconnu probablement venu me demander un service. Du tac au tac, j'ai répondu :

« Ça dépend !
- Mais, ça dépend de quoi ? A-t-il demandé, indécis.
- Eh bien, par exemple, heu... si tu me dois du fric, ouais, c'est moi, Erwann Gallois. Par contre, si t'as l'intention de lui casser la gueule, va demander ailleurs, t'auras peut-être plus de chance.
- Ah non, non ! A-t-il repris en souriant de plus belle. Rien de tout ça !
- Tu lui veux quoi, alors, à Erwann Gallois ?
- Il paraît qu'il s'est payé un Atari ST !
- Peut-être. Je sais pas, je lis pas la presse.
- Eh bien, il se trouve que moi, c'est Gérôme le Polloc, j'ai un mille-quarante STF, je sais très bien m'en servir, et je donne des cours gratos, dans l'éventualité future d'un échange de jeux et programmes.
- Ah, bon ! D'accord ! Ok ! Alors là, ouais ! C'est moi, Erwann Gallois ! »


............Pang.............................................................. ......................................Bomb Jack

Et voilà ! C'est comme ça que j'ai connu Gérôme. C'est Armand qui me l'avait envoyé.
- Dis donc !, s'émerveille la petite fille. C'était vraiment un bon copain, Armand ! »

Arwenn a fini son cornet de glace, alors que les autres n'en sont qu'à la moitié. Les trois enfants et leur mère sont suspendus aux lèvres du grand-père.

« Plus que ça ! Répond le papy. C'était un ami. Tu sais, on était dans la même classe depuis la quatrième. Et c'est l'astronomie qui nous a rapprochés. C'est marrant, quand j'y pense. Ça c'est passé à peu près de la même manière.
En quatrième, ma mère m'avait payé une lunette astronomique. Elle m'en a payé, des choses, ma mère. Mes grands frères m'ont souvent traité d'enfant gâté. Mais voilà, au collège, j'étais dans les premiers de la classe. On n'est pas très différents des animaux, vous savez. Y'en a, comme mon père, qui élèvent leur chien à coups de taloche, et ça en fait des machines à tuer. Et puis y'en a d'autres, comme ma mère, qui fonctionnent à la récompense.
Tu vois, d'un côté, j'avais pas le choix, c'était les bonnes notes ou la raclée. Mais de l'autre, j'ai eu droit à des compensations extraordinaires. Et puis bon ! Il m'a quand même prêté un ordinateur de son collège, mon père !
Mais je m'égare.
Alors voilà. En quatrième, j'avais une lunette astronomique. Armand, lui, avait un télescope, un vrai. La différence, c'est que la lunette, invention de Galillée, est une succession de lentilles, alignées pour grossir une image du ciel. Le télescope, lui, c'est un miroir concave au fond d'un tube, qui renvoie l'image et la lumière vers un miroir plus petit, ce dernier relayant le tout à un oculaire composé de lentilles. Carrément plus puissant.
Du coup, régulièrement, l'un accueillait l'autre chez lui le week-end, pour une séance d'observation le samedi soir. Si le temps le permettait, on observait les étoiles et les planètes, les galaxies et les nébuleuses. Un automne, même, on est tombés sur une supernovæ sans le savoir. L'explosion d'une étoile.
C'était juste une étoile super brillante, là où il n'y aurait pas dû y'en avoir, qui passait par toutes les couleurs du spectre de l'arc-en-ciel. On l'a juste retenue comme une étoile multicolore bizarre, et on n'y a plus pensé. Jusqu'à ce qu'Armand tombe sur un article, dans le magazine Ciel et Espace, qui parlait d'une supernovæ survenue à ce moment là.
Ça nous a fait quelque chose !
C'est marrant, comme une passion peut réunir les gens.

C'est ce qui c'est passé deux ans plus tard, avec Gérôme, autour de la machine Atari. Régulièrement, j'allais chez lui, ou il venait chez moi. Il m'a tout appris. La gestion des fichiers. Comment copier une disquette avec le bureau GEM - l'interface de l'Atari. C'est à dire comment copier une disquette de données non protégée. Puis comment copier une disquette protégée... la plupart du temps un jeu commercial. Y'avait une pléthore de programmes, pour ça. ST-copy, X-copy, Fast-copy, A-copy... Bon, c'était un peu illégal. Mais on achetait des jeux quand même. Et on se disait que tout ce qu'on copiait, c'était en plus. Des jeux qu'on n'aurait jamais eu les moyens de se payer, de toute façon.
On se disait ça pour se donner bonne conscience.
Les protections contre la copie étaient multiples, et chaque programme avait sa spécialité, comme A-Copy, qui permettait, par exemple, de choisir le nombre de clusters alloués par secteur... oups ! Ddésolé.
Comment dire ?
Un support de données, comme une disquette, ou même un disque dur, est comme un casier à bouteilles, mais dont chaque case est elle-même un casier plus petit, façon poupées russes. Une disquette Atari se divisait en au moins quatre-vingt secteurs, chacun composé d'un certain nombre de clusters, dans lesquels se rangeaient les données. Si on voulait, on pouvait même jouer là dessus.
Et beaucoup plus encore.
Des disquettes entières se dédiaient à la copie. Certaines avaient leurs propres interface menant non seulement à des copieurs, mais aussi au déplombage des jeux les plus coriaces, à la protection contre les virus, ou encore au bidouillage du code, de préférence en hexadécimal.
Et ça, c'était le plus magique. Pouvoir modifier le comportement d'un jeu en bidouillant le code. Dans des magazines comme Joystick, on trouvait, entre autres, ce qu'on appelait des cheats codes. C'était juste des brins de code en hexadécimal.

Vous avez fait des math, quand même ! Ah ! Désolé Arwenn, t'en est pas encore là.
Eh bien, quand tu comptes, y'a dix chiffres, de zéro à neuf. Après tu reprends à zéro en mettant un devant, ce qui fait dix, et on repart, comme ça, jusqu'à tant que t'as le temps. Jusqu'à l'heure de dîner, par exemple.
Dix chiffres, c'est parce que quand on apprend à compter, on compte sur ses doigts, et des doigts, on n'en a que dix. On dit que tu comptes en base dix, ou encore en décimal. Si on n'avait eu qu'une main, on n'aurait eu que cinq doigts pour compter, et donc cinq chiffres. On aurait compté comme ça : zéro, un, deux, trois, quatre, dix, onze, douze, treize, quatorze, vingt, vingt-et-un, etc... c'est à dire en base cinq. L'ordinateur, lui, à la base, ne peut compter qu'en base deux, parce qu'il n'a que deux doigts : soit le courant passe, soit le courant ne passe pas. Ça donne des nombres où il n'y a que des uns et des zéros. On dit qu'il compte en binaire, ou encore en langage machine.
C'est un peu compliqué pour nous, les hommes. Alors, on utilise des programmes qui nous traduisent ça, déjà en base dix, et aussi en lettres, en points, en virgules et autres, pour qu'on puisse programmer avec des mots et des nombres qu'on connait.
Mais les informaticiens, va savoir pourquoi, aiment bien se garder un minimum de complication dans la vie. Alors, pour bidouiller les jeux, on travaillait en base seize. En hexadécimal. Enfin si, je sais pourquoi, c'est parce que, seize, c'est le carré du carré de deux, le seul langage que connaît la machine. Mais on n'a pas besoin de s'embrouiller l'esprit avec ça. On a juste besoin de savoir que, puisqu'on n'a pas seize chiffres, on y mettait des lettres aussi. Quand tu comptes en hexadécimal, ça donne : zéro, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, A, B, C, D E, F, dix, onze, douze, et ainsi de suite.
Et c'est dans un code comme ça qu'on allait bidouiller les jeux.


.........New Zealand Story................................................................. ..........................................Bubble Bobble

Un pur langage de martiens.

On ouvrait la disquette dans un éditeur hexadécimal. C'est comme un traitement de texte, mais dans une langue bizarre. Dans le code, on recherchait une chaîne de caractères indiquée par le magazine, pour la remplacer par une autre chaîne de caractères fournie par le même article, et hop ! Vies infinies ! Énergie illimitée ! Balles infinies dans un casse briques... tout ce que tu voulais pour finir les jeux plus facilement. Bon, c'était de la triche ! Mais c'était comme ce contrôle, au cours d'informatique, en quatrième. Avec le MO5. Le jeu, c'était de faire ce qu'on voulait du jeu.
Au bout d'un moment, on finissait par reconnaître des codes récurrents. Quel que soit le langage de programmation utilisé pour créer le jeu. Que ce soit en basic, en langage c, en kobold, fortran ou même en langage shtroumpf, une fois compilé, tout se retrouvait toujours en langage machine. Et une fois re-traduit du binaire à l'hexadécimal, c'était universel. En fonction du type de jeu ; shoot them up, jeu de plates formes, casse-briques... certaines instructions revenaient invariablement sous les mêmes formes, ce qui fait qu'au bout du compte, on n'avait même plus besoin du magazine.
On faisait des expériences, de préférence sur une copie conçue pour l'occasion. On changeait tel ou tel code, et on voyait ce que ça donnait, jusqu'à obtenir satisfaction.
Souvent, ça donnait l'effet inverse. Augmentation du nombre d'ennemis dans le jeu, ralentissement du tir... une fois, même, je me suis retrouvé avec l'écran à l'envers. Au début, mon réflexe était d'ignorer ce que je prenais pour des échecs. Mais très vite, Gérôme m'a demandé de les noter quand même, parce que ça l'intéressait. Moi, je ne comprenais pas pourquoi.
Mais un jour, j'ai su.
Au début, j'allais souvent chez lui, ou lui chez moi. Mais quand j'ai su me débrouiller tout seul, c'était moins nécessaire. On pouvait s'échanger tout ce qu'il fallait au lycée. Au départ, c'est surtout lui qui me fournissait. Jeux, programmes. Tout ce qu'il me demandait, c'était des disquettes vierges, pour me mettre plein de choses dessus. Un jour, je lui ai dit :

« Pourquoi tu me donnes tout ça ? Je te donne rien, moi. »

Il m'a juste répondu :

« Passe le message à ton voisin. »

Et très vite, effectivement, tout ce qu'il me donnait, j'avais l'occasion de le donner à d'autres ataristes. Des jeux comme Pang, Bomb Jack, New Zealand Story, Bubble Bobble, Rambo Trois, Arkanoïd Deux... Eux-même me fournissaient de ce qu'ils pouvaient en retour, et ça remontait jusqu'à Gérôme.


Rambo 3.................................................... ..........................................................Arkanoïd 2

C'est comme ça que j'ai découvert ma première communauté informatique.
Et puis, quand il a vu que j'étais un accro du bidouillage, y'a eu tous ces cheats codes que je devais lui refiler. Surtout les mauvais, contre toute attente.

Même si c'était devenu plus rare, on s'invitait toujours mutuellement.
Alors, un jour, j'ai eu la clé du mystère. Pourquoi voulait-il les plus mauvais codes ?
J'ai trouvé ça chez lui.
Gérôme habitait à Pluvigner, à quinze kilomètres de chez moi. Je prenais le bus, dans un premier temps à cause de mon bras dans le plâtre, ensuite parce que la rééducation m'interdisait encore la mobylette. Il vivait dans un lotissement près du bord de l'agglomération. Jolie maison bretonne, blanche avec un toit d'ardoises, dans un joli petit jardin, avec même un joli nain en plastique poussant sa brouette.
Sa chambre était presque aussi en désordre que la mienne. Des fringues et des bouquins d'informatique partout. Mais ses disquettes étaient soigneusement rangées dans des boîte alignées sur des étagères. Étiquetées, référencées même, sur des listings affichés au mur. C'était à croire qu'il avait mis tout son sens du rangement dans le classement de ses jeux et logiciels, au point d'en être maniaque.
Au milieu, face au lit, trônait une simple table, avec un ordinateur. Un Atari mille-quarante SFT, avec un écran légèrement plus gros que le mien, un second lecteur de disquettes en externe, deux manettes de jeu et un volant pour les courses de voitures. A côté sur la table, il y avait aussi une feuille couverte de uns et de zéros. Quand j'ai vu ça, je lui ai demandé :

« C'est quoi ? »

Et il m'a répondu :

« Ca ? Oh, trois fois rien. Une surprise pour le lycée. Pour le CPE, en fait. Je dois le faire en langage machine, parce que c'est un PC qu'il a. C'est pas tout à fait les même langages. »

En cinq centièmes de secondes, j'ai compris trois choses : ce mec était assez fort pour programmer directement en binaire, assez vicelard pour fabriquer des virus informatiques, et assez gonflé pour s'attaquer au conseiller principal d'éducation du lycée.
J'ai compris aussi que mes bad codes finissaient là dedans : des virus. Pour l'opinion populaire, un virus, c'est un programme envoyé pour détruire un système, une machine, voire un réseau. Ou pour prendre le contrôle de votre machine. C'est une conception un peu limite de la chose. Le virus, c'est avant tout un programme doté de deux fonctions : la capacité à se copier tout seul dans un système ou sur un support de données, et une tâche qui peut être n'importe laquelle.
Vous voyez, donc, on reconnaît un virus, non pas à ce qu'il détruit tout, mais à ce qu'il peut se reproduire.
On peut faire un virus avec n'importe quoi. Un simple bandeau publicitaire, un logiciel malveillant d'accord, ou encore une blague interne d'entreprise. Un jour, mon frangin Jean-Louis, l'ingénieur, m'a confié qu'ils se faisaient des plaisanteries, comme ça, dans son entreprise. Genre, t'étais en train de faire un exposé aux confrères, avec projecteur informatique et tout le tremblement de conférence, et t'avais la surprise de voir passer Bip-Bip et le Coyote en bas de ton écran. Ce genre de conneries a toujours fait marrer les informaticiens.
Mais les virus de Gérôme, eux, étaient le reflet de mes expériences en hexadécimal. C'est pour ça qu'il voulait que je les lui note. Il a fini par me confier que même en faisant exprès, il n'obtenait pas les mêmes résultats, que moi en cherchant de bons cheats codes. C'est la loi du tâtonnement. Pour un seul bon cheat code, je lui en trouvais de cinq à dix mauvais.
Et il les mettait dans des virus.
Si, au cours d'un shoot them up, tu voyais tout à coup diminuer ton tir et accélérer celui de tes ennemis, ou encore si ton écran se retrouvait subitement à l'envers, ou si, au cours d'une partie de Barbarian, un pacman venait dévorer ton personnage, pour que le jeu continue tout seul sans que tu puisse rien y faire, t'étais presque sûr de pouvoir dire merci au binôme Gérôme le Polloc/Erwann Gallois.
Bon, j'avoue, pour le pacman, d'accord, c'était fait exprès.
Le reste, non.

Mais quand-même.
Sa meilleure réalisation, c'est celle qu'il a faite pour le CPE du Lycée.
Au début, il n'a pas voulu me dire en quoi elle consistait, exactement.
Il m'a demandé d'être patient, et d'ouvrir l'œil au bahut. Particulièrement sur l'humeur du CPE.
C'est ce que j'ai fait.
Et vous savez quoi ?
J'ai pas été déçu du voyage... »

A suivre...
  • Eren
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32321

Salut,

lorsque l'on voit à présent les copies d'écran de ces anciens jeux, ceux-ci sont vraiment "has-been" par rapport aux jeux actuels (surtout au niveau des graphiques).
  • Dupo
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Dernière édition: il y a 1 an, 5 mois par Dupo.

Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32329

Et pourtant, à certains égards, ils sont tellement plus intéressants
J'aime les deux persos, les dernières bombes du marchés et les classiques du 8-bit, j'ai grandi avec les deux du coup...

Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32331

Salut,

As tu connu les bornes d'arcade interactives (style : Dragon's Lair, Mad dog Mcree, etc.) ?
  • Dupo
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32338

Bien sûr, qu'ils sont has-been, lol. C'est le propre des anciens jeux. Traduction littérale, ils ont été. Sauf que... Sauf que quand, aujourd'hui, je les fait tourner, par émulation, sur ma console de poche GP2X Wiz (vous savez, la console Linux), alors ils reprennent légèrement en actualité.

Comment ? C'est simple. les machines de poche de l'époque valaient peut-être un peu mieux que les jeux électroniques d'antan, avec trois dauphins se passant un ballon, mais pas beaucoup plus. Un Atari ST dans ma poche, je trouve ça presque d'actualité. Bon. C'est encore plus flagrant quand j'y fais tourner mes jeux Amiga, un peu plus récents, et encore plus quand on y met des jeux PS1 ou encore Game Boy Advance, mais je m'en fous. Peut-être que moi aussi, je commence à être un peu has been à 37 ans, lol.

Mais alors il va falloir qu'on m'explique un truc.
Comment se fait-il que la téloche nous bassine d'émissions sur les années 80 et 90 ? Comment se fait-il que Télé Grenadine nous ressorte tous les dessins animés de l'enfance de gens aujourd'hui adultes ?

C'est qu'on en veux, du has-been. Finalement, le has-been n'est pas si has-been que ça. Ce sont les trentenaires qui font le Monde Et ils veulent qu'on les aide à retomber en enfance.

En passant, vous aurez remarqué la subtile publicité pour une super console, rolls royce des émulateurs de poche J'ai nommé : la GP2X Wiz
  • Eren
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Oups il y a 1 an, 5 mois #32339

Non, je ne crois pas avoir connu ces bornes d'arcade là. Qu'avaient-elles d'interactif ?
Par contre, j'ai connu à cette époque là, une immersion virtuelle, au Futuroscope, avec lunettes virtuelles et télécommande et détecteur de mouvements, comme de la Wii. on pouvait y tester un doom like comme si on y était. C'était il y a presque vingt ans, et je constate que ça n'est pas encore arrivé dans les salons. la télécommande Wii, si, peut-être, mais où sont les lunettes qui vont avec ? Il y a, comme ça, des choses qui existent depuis longtemps, mais qu'on attend toujours avec impatience, parce que toujours pas rentables ou vraiment trop cher. Je clame donc haut et fort :

Houuuuuu ! La Wii ! Nulle et archi nulle ! Ta télécommande est peut-être super, mais elle aurait dû s'accompagner des lunettes, qui existent depuis longtemps, et qu'on attendait peut-être un peu plus qu'elle. Pour une vraie immersion.
  • Eren
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32341

t'as pas tenté d'émuler les jeux de bornes d'arcade ?
  • Dupo
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32361

Si. Avec Mame4all. Ca marche très bien, et c'est pareil, c'est magique, de se trimballer avec une borne d'arcade dans la poche. Ghouls and Ghosts y tourne à merveille. Ainsi que 1943. Des jeux délicieusement has-been.
  • Eren
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32376

Salut,

Ghouls and Ghosts, le jeu le plus difficile des bornes d'arcade.
  • Dupo
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Poursuivons... il y a 1 an, 5 mois #32406

« En attendant, ma collection de jeux s'est étoffée dès ma rencontre avec Gérôme, puis quand je me suis mis à échanger avec d'autres ataristes du lycée. On formait comme un club, dont les membres ne se connaissaient pas tous. Un club formé de groupes plus petits. Un genre de communauté, quoi. Ce qui fait qu'au final, je me retrouvais avec des jeux à filer à Gérôme.
Comme je vous l'ai dit, mon plus grand plaisir, ce n'était pas d'y jouer. C'était de trouver comment tricher pour arriver plus vite à la fin. Certains diraient que ça ne sert à rien de jouer si on triche. Mais si je jeu est justement de trouver la faille, où est le mal ?
C'est comme des années plus tard ! Quand j'installais des ordinateurs pour les potes et autres connaissances. Ils s'émerveillaient de ma patience, devant une tâche qui leur paraissait rébarbative. Et quand je leur disais que mon plus grand plaisir, avec un ordinateur, c'était de l'assembler, d'installer un système dessus, et qu'une fois que la machine était prête à servir, elle m'intéressait moins, ils me prenaient pour un fou.
D'autres que moi appelaient constamment leur entourage, pour le seul plaisir d'utiliser un téléphone.
Chacun sa marotte.
J'aurais bien écrit aux magasines, pour leur donner mes cheats codes. Je l'ai fait, une ou deux fois. J'aurais du le faire plus souvent, et j'aurais été un vrai hacker. C'est à dire quelqu'un qui partage partout où il peut, à commencer par les informations dont il dispose. Je préférais créer de petites interfaces, pour les incorporer directement aux jeux. Ça se faisait déjà, c'est Gérôme qui m'avait montré comment faire.
Au départ, je me faisais juste de petites démos, comme les vrais crackers, mais avec un programme qui s'appelait Démo Construction Kit. Un machin où on travaillait en wysiwig, c'est à dire avec une interface, comme n'importe quel logiciel de retouche d'image ou de traitement de texte. Littéralement : what you see is what you get. Ce qui veut dire : ce que tu vois, c'est ce que t'auras. Pas besoin de trifouiller le code. Je faisais ça chaque fois que je copiais directement un jeu commercial. »

A la table du café, Gwennyn lance un regard désapprobateur à son père, en s'essuyant les mains avec une serviette en papier. Elle a fini son cornet glacé. Les garçons aussi.

« Oui, reprend le grand-père, gêné, en plongeant la bouche dans sa glace en train de fondre. C'était illégal, et j'en suis pas forcément fier. Je vous engage à toujours respecter la loi, les enfants. Enfin... tant que vous la trouverez juste, et là encore, demandez vous toujours cent fois si vous avez raison.
Mais pour nous, c'était un sport ! Quand tu lançais un jeu copié, t'avais souvent droit à une introduction, la plupart du temps des lettres animées, qui te disaient : « this game was cracked by intel ». Traduction « ce jeu a été cracké par tel pseudonyme ». Le mien, c'était Gameraver. Littéralement le dévoreur de jeux. J'y mettais aussi le dessin d'une tour, pour d'autres raisons qui relèvent d'une autre histoire. Et puis aussi des indications pour modifier le comportement du jeu en l'ouvrant dans un éditeur hexadécimal.
Puis, en mettant la main dans le cambouis, c'est à dire directement dans le code, j'ai appris à faire des démos interactives. Là aussi, j'ai rien inventé, ça existait déjà ! Dans la démo, je te mettais un menu, où tu pouvais choisir si tu voulais des vies infinies ou non, idem pour énergie infinie, temps infini, balles infinies, à quel niveau tu voulais commencer... tout ce que je découvrais dans les magasines ou par mes propres expériences.
Du coup j'ai fait mes démos aussi pour des jeux déjà crackés. Jute pour dire : « this game was trained by Gameraver », et te donner le choix entre la triche ou non. C'est comme ça qu'on se donnait bonne conscience. On n'appelait pas ça de la triche, mais un mode d'entrainement. Libre à chacun, ensuite, d'utiliser ces modes faciles pour s'entrainer, et reprendre ensuite le jeu de façon normale.
Je mettais ma démo juste derrière celle de celui qui avait cracké le jeu. Traduire : copié depuis l'original. Selon certains critères, j'étais peut-être un pirate, mais un pirate honnête.

Un jour, la source des jeux s'est retrouvée tarie. Comme si on avait fermé un robinet.
Comme je l'ai dit, il m'arrivait d'acheter un jeu neuf, mais je n'étais pas Crésus. L'essentiel de ma collection venait de mes échanges avec les autres. Et il se trouve que c'était pareil pour eux. Or à force de s'échanger ce qu'on avait, on s'est tous retrouvés avec la même liste. Une liste déjà impressionnante, d'accord ! Plus d'une centaine de jeux. Mais la même.
Quand on en arrive là, les échanges deviennent limités.
La liste grandissait quand même. Au compte goutte. Je me disais que, régulièrement, l'un d'entre nous achetait un jeu au magasin, pour en faire aussi profiter les autres.
Et puis un détail a fini par attirer mon attention.
Les trois quart de mes jeux commençaient par la même intro. Un écran noir. Des lignes multicolores défilant entre les bords. Trop vite pour qu'on puisse les lires. Et tout en bas : This game was cracked by the great Steevy.
Un jour, en sortant de la cafétéria... oui, on disait cafétéria. Réfectoire, c'était bon pour le collège. Vous me direz, on avait droit au même rail, sur lequel faire glisser le même plateau, et aux mêmes tronches fermées qui nous écrasaient la même purée à la louche au fond de l'assiette.
Tenez ! On avait même droit au même steak haché. Un machin qui se dégonflait dès qu'on plantait sa fourchette dedans.

« Mais c'est quoi, leur viande ? Dis-je à Gérôme en grimaçant, alors qu'on descendait l'escalier de ce qui était finalement un réfectoire. Y'a que de l'air là dedans ! »

Ca faisait un mois qu'on m'avait enlevé mon plâtre. Mais je ne pouvais toujours pas faire confiance en mon poignet. Un faux mouvement fit remonter une douleur le long de mon bras.

« Je crois qu'ils l'enrichissent avec de la farine de viande. Et probablement aussi de la levure. »

L'escalier donnait directement dans le hall. Un hall gigantesque. Notre lycée avait comme la réputation d'être un Club Med de l'Education Nationale. C'est simple, la grande menace des parents, en cas de mauvais résultats, c'était de vous inscrire ailleurs. Dans le hall, y'avait une table de ping-pong et deux babyfoots. Pendant l'heure de midi, on faisait la queue pour faire des parties. On y trouvait aussi un distributeur de friandises, un autre de boissons, et bien sûr des lycéens de toutes les classes.
Je jetai un œil au plafond, par habitude. Il faut dire qu'à l'occasion, avec Armand et les autres, on aimait bien jouer avec la cire de Babybel. Vous savez ! Ces fromages avec une cire de couleur tout autour. On malaxait la cire, et ça en faisait une matière gluante, qui collait même aux fenêtres. Un jour de Novembre, d'une pichenette du pouce, j'en avais collé une au plafond du hall. Un plafond de crépi blanc. Une boulette bien rouge.
Elle y était toujours.
Ça accroche bien, le crépi.
Elle y est restée jusqu'à mon année de terminale, et peut-être même après. J'en sais rien, j'étais plus là.
« Dis donc, dis-je à Gérôme en m'arrêtant sous ma boulette. C'est qui ce Steevy ?
- Qui ça ?
- Le mec qui a son intro sur presque tous nos jeux.
- Ah, lui !
- Il est du coin ?
- Il est même du lycée. Stéphane. Je le connais. Il en a cracké la plupart d'après les originaux. Mais il les vend.
- Combien ?
- Aux trois quarts de leur prix neuf.
- Vache ! »

Je laissai passer une seconde.

« Tu sais, reprit-il. C'est toujours moins que le prix neuf.
- Quand même ! Pour un truc recopié sur une disquette à dix balles ! Il se mouche pas du pied, ce connard. Et sa liste est longue ?
- Plus de trois cent jeux. Peut-être quatre cent, je sais pas. Il en a fait plusieurs pour qu'on soit pas fixés. Et dès qu'un jeu sort, il l'a. A cause du prix, il les lâche au compte goutte.
- Mais quel enfoiré !
- Tu l'as dit, bouffit. Ça, c'est du piratage. Nous, on nous traite de pirates ? Mais je vais te dire : se faire une copie du bien des autres, sans les en délester, c'est pas ça, le piratage. Le vrai pirate, une fois que t'es passé entre ses mains, il te reste plus rien derrière. Les pires d'entre eux, les barbaresques, ils t'auront même vendu comme esclave.
- Oui, m'enfin, ce qu'on fait, c'est quand même du fric en moins pour Atari et ses boutiques.
- Tu crois ? Dis moi, t'en achètes quand même, des jeux ! La boutique Atari, t'y mets quand même les pieds ?
- Bin ouais ! Attends ! T'as pas vu la tête de la vendeuse !
- Mais les autres jeux ! Ceux qu'on t'a fournis ! Tu les aurais achetés, sans nous ?
- Évidemment non ! J'en ai pas les moyens !
- Alors il est où, le manque à gagner ? Atari serait pas plus riche, si on n'échangeait pas nos jeux ! Ça marche exactement comme les albums Panini ! T'en as déjà collectionné, de ces albums où il faut coller des vignettes ?
- Bin ouais !
- Et voilà ! L'ordinateur, c'est l'album. Les jeux, c'est les autocollants. On achète au fabriquant, et on s'échange ce qu'on peut. Steevy, ce qu'il fait, c'est du recèle. Et nous, on n'a plus que nos yeux pour pleurer. Mais qu'est-ce qu'on y peux ?
- Je sais pas, répondis-je en reprenant le mouvement. »

On avançait vers les box des secondes. Il existait une salle où les premières et les terminales pouvaient passer leurs permanences. Et une autre exclusivement réservée aux terminales. Et puis il y avait les box pour tout le monde. On disait les box des secondes, pour garder une impression d'intimité. Mais notre lycée était le pur reflet de cette société occidentale, bien hiérarchisée. Les secondes partageaient leurs box avec les autres, de simples cloisons alignées dans un prolongement du hall, flanquées de simples tables avec des chaises. Les premières et les terminales avaient droit à un poste de télévision dans leur salle commune. Et tant qu'on ne faisait pas partie des terminales, leur salle relevait de la pure légende urbaine.
Avec ça, les secondes devaient rester toute la journée, quels que soient leurs horaires. Les premières pouvaient arriver au début de leurs cours et repartir de même une fois leur journée terminée. Les terminales pouvaient passer leurs heures de perm et l'heure de midi où bon leur semblait.
La hiérarchie.
Enfin bon, on s'approchait des box, et du bureau du CPE qui trônait en face. J'étais perdu dans mes pensées.
« Les barbaresques, soufflai-je, amusé. Toi, t'as trop regardé Angélique, marquise des anges. »
Soudain, une idée me traversa l'esprit.
« Dis donc ! Tu m'as dit que Steevy obtenait les jeux dès leur sortie ! Mais il est pas si riche que ça, s'il les vend au compte goutte ! Comment il fait ?
- Tu veux savoir comment il fait ? Je peux te montrer, si tu veux ! Mais il faudrait qu'on y aille jeudi !
- Où ça ?
- Au magasin, tiens !
- A Vannes ? T'es pas fou ? J'ai des cours, moi, jeudi !
- Et t'as jamais séché les cours ?
- T'es dingue ! Ca va se savoir !
- Pas en ce moment, non. Je t'explique... »

C'est à ce moment là qu'on a été interrompus. Une voix tonitruante a retenti dans le hall, depuis la porte du CPE.

« Monsieur Gallois ! Dans mon bureau, s'il vous plaît ! »

J'étais convoqué par le grand manitou en personne... Mais si ça ne vous ennuie pas, je vais finir ma glace, et on va se commander à boire. »

En guise de glace, il reste au papy un cornet rempli de crème liquide. Le soleil a poursuivi sa course dans le ciel. Une légère brise s'est levée.

« Dis, Papy ! Gasouille Arwenn. Y'a un truc qui va pas, dans ton histoire !
- Ah bon ? Quoi donc ? S'inquiète le grand-père, la bouche pleine de biscuit.
- Je sais pas ! Un truc dans les dates ! Tu nous dit un truc la semaine dernière, et pas la même chose aujourd'hui !
- Je sais ce que c'est ! Intervient Benny avec un sourire. Une pure anomalie temporelle... »

A suivre...

Deux points de karma au premier qui trouvera la faille, dans l'histoire du grand-père, il faudra pour ça relire aussi la partie un ... et alors ? Ils est passé où, le Karma ? J'essaie de lancer un concours !
  • Eren
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Re:Les Martiens de la planète Terre : Partie 2 il y a 1 an, 5 mois #32409


Superbe
Ça me rappelle, il y a environ 4 ans, j'avais un gros fichu de packman de bar...
La Bête devait peser dans les 200 kilos et avait des joysticks style engin de guerre 1914.

Bien elle avait déjà survécu à quelques centaines sinon milliers de buvards et pas tous des intellos
Cette machine devait avoir 18 ans et justement j'ai eu des nouvelles comme quoi elle ose encore fonctionner
Dernière édition: il y a 1 an, 5 mois par jalobservateur.
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